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Chronique : L’espace d’un an de Becky Chambers

03/03/2024

L’espace d’un an est le premier tome de la série des Voyageurs de Becky chambers. Ce roman de science-fiction a été couronné d’un prix Hugo de la meilleure série littéraire SF. Ce prix prestigieux est un argument à lui seul qui m’a donc donné envie de découvrir cette oeuvre. Celle ci est éditée en France avec une traduction de Marie Surgers par les éditions l’Atalante et depuis peu en poche au Livre de Poche.

Tout commence avec Rosemary, qui rejoint l’équipage du vaisseau spacial Voyageur, pour tenir un rôle de greffière à bord. Ce vaisseau spacial est spécialisé dans les percées galactiques : il crée des tunnels permettant de créer des raccourcis entre deux zones de l’espace, tirant profit de la théorie des cordes. L’équipage est multi-espèces allant du reptile à plumes multicolores au capitaine humain. Nous apprenons à découvrir la vie de tous les jours de l’équipage, qui s’apprête à accepter une mission qui pourrait bien changer leur quotidien.

Le quotidien d’un équipage spatial

Le pitch de départ s’inscrit dans un cadre de space opéra à base de grande fédération galactiques, comprenant de nombreuses races extraterrestres aux moeurs différentes, sur fond de complots politiques. Mais très rapidement on comprends que ce n’est pas un roman de « SF à boulons » comme on pourrait les appeler. En effet, ce qui interesse particulièrement Becky Chambers, ce sont les relations interpersonnelles et la diversité de celles-ci ainsi que les questions de genre.

L'espace d'un an de Becky Chambers édition Le Livre de Poche

La SF a toujours été politique, par essence. Ici, on comprend très rapidement les intêrets qui tiennent à coeur à l’auteure, c’est à dire la cause LGBT, les relations de couples non conformes au modèle établi et l’anti-spécisme. Clairement engagé, le roman aborde ces valeurs avec décontraction, les intégrant de manière plutôt naturelle au récit. Malheureusement à vouloir montrer le plus d’organisations sociales et le plus d’orientations possibles, l’auteure se perd rapidement dans son propos. On est donc face à plusieurs tranches de vies, qui servent à exposer les moeurs des différentes espèces. Malheureusement, c’est au détriment d’une intrigue globale. L’enjeu principal qui semblait d’ailleurs être au centre du récit finira donc expédié en quelques pages.

Malgré ses presque 500 pages, le roman peine à développer ses personnages. A la fin de celui-ci, je suis toujours incapable de décrire le caractère de notre greffière. Celle-ci s’avère au final totalement transparente. Il en va de même du capitaine et de la majorité des personnages. Quant aux personnages de l’équipage, ils sont globalement décrits de manière caricaturale : le cuistot toujours joyeux, la mecano loufoque et exubérante, tellement qu’on se croirait parfois à lire une fanfic de jeunesse. Ce peu de profondeur des personnages rend par conséquent les histoires de coeur de ceux-ci relativement peu touchantes ou peu crédibles. Ce qui, au vu de la place qu’elles occupent dans le récit, est fort dommage.

Il en ressort tout de même une certaine fraicheur au niveau de la représentation de la diversité dans les romans de SF (même si depuis longtemps Ursula K. Le Guin a dépoussiéré l’espace) et un questionnement interessant sur la place de l’IA. A quel moment pouvons nous parler de personne et non de machine ? C’est peut être la partie que j’ai préféré du roman. Au vu du résumé du tome 2, cette réflexion continuera d’occuper une grande place dans le reste de la série.

Vous l’aurez compris, le coup de coeur n’était clairement pas au rendez-vous pour moi. Malgré un fond qui avait tout pour me plaire, je n’ai pas su entrer dans le roman et m’attacher aux personnages. Il s’agit cependant d’un premier tome, qui peut parfois être vu comme un tome d’exposition. A voir si le tome 2 me fait changer d’avis !

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